Lu dans Le Monde (interview de Philip Roth) : "ceux qui lisent et écrivent sont une survivance" ; bouh, c'est triste. En même temps, est-ce vrai ? Certains écrivains affectionnent les déclarations comminatoires sur la fin de la littérature et tout ça... Peut-être est-ce le reflet de leurs angoisses (un peu) égoïstes ? Peut-être ont-ils l'impression de ne pas assez intéresser les gens (mais en fait, est-ce vraiment important ?) ?
Egalement dans Le Monde, il y a un article sur le dernier roman de Justine Lévy. Cette critique, assez pauvre en elle-même, d'un livre sans doute encore plus pauvre a confirmé mes doutes sur la ligne éditoriale (en matière de livres au moins) du très éminent quotidien. Je sais, c'est mal de juger sans avoir lu.
A part ça, dans Le Monde, il y a plein de fautes d'orthographe affreuses. Quelle misère ! Ils devraient m'engager comme correctrice.
A écouter : de Gavin Bryars, Jesus' Blood never failed me yet (informations + extrait ici). Très beau, vais l'entendre en concert demain. J'aime bien aussi Verger, de Paul Hindemith (paroles de Rainer Maria Rilke) — et même, c'est fou, une chanson érotique de Clément Janequin (il estoit [se prononce estoué je crois] une fillette qui vouloit scavoir le jeu d'amours [prononcer le s final, je pense]). Oh Let Me Weep, For Ever Weep de Purcell est assez classe aussi, mais alors, carrément déprimant. Se consoler avec le Stabat Mater de Pergolesi, notoire pour sa gaieté débridée.
En juin 2011 (bon, pas tout de suite, j'espère que je ne serai pas morte de faim d'ici là), à l'Opéra d'Anvers, un spectacle fondé sur Austerlitz de Seebald, un roman magnifique et fascinant qui m'avait rendue folle il y a quelques années. Très envie d'y aller. Pour en savoir plus, chers amis mélomanes : ici.
J'allais oublier l'expo du moment au Botanique ; vraiment pas mal (et pédagogique, hum). On peut y voir toutes sortes de choses (dont un grand tirage de Guy Bourdin, photographe admiré de Johan) et surtout (pour moi), une épreuve de la série des fées de Cottingley. Ben oui, je viens de lire Little, Big — alors forcément, j'étais toute excitée de voir cette image.
D'ailleurs, Little, Big est vraiment un livre nimbé d'une beauté mystérieuse et fascinante (non, je ne rigole pas). Sais pas quoi dire, à part que c'est incroyable et follement beau — un peu comme Proust, mais dans un genre très très différent. Vous pouvez lire une interview de son auteur, John Crowley, ici.
Photo copyright CK
Blackstrap molasses, wild clover honey, corn syrup, aged balsamic vinegar, apple butter, strawberry jam, caramel sauce, maple syrup, butterscotch topping, maraschino liqueur, virgin and extra-virgin olive oil, lemon curd, dried apricots, mango chutney, crema di noci, tamarind paste, hot mustard, marshmallows, creamed corn, peanut butter, grape preserves, salt water taffy, condensed milk, pumpkin pie filling, and glue. (10)
The central theme of Anna Karenina [...] is that a rural life of moral simplicity, despite its monotony, is the preferable personal narrative to a daring life of impulsive passion, which only leads to tragedy. (146)
Lemony Snicket, The Slippery Slope
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Journal intime très plaisant, en français, anglais et franglais. Chaudement recommandé.
I sometimes think that I'd like to leave Brussels. Among other reasons, because there are way too many people I dread meeting here, a thing which doesn't simplify my (amazingly rich) social life. Some areas are strictly forbidden, the sheer idea of going to others makes me feel quite a bit uneasy, and then there are all these potentially "dangerous" places where I might, or might not. I know this is quite stupid but can't help it.
Aujourd'hui, c'est l'Aïd-el-Fitr. La boulangère m'a offert un loukoum pour l'occasion. Je lui ai souhaité "aïd moubarak" mais comme elle est turque, ce n'était pas vraiment ça qu'il aurait fallu dire. Ca m'apprendra à vouloir faire la maligne.
Le concept du loukoum (signifié et signifiant) me séduit mais le référent lui-même est décevant : trop sucré et légèrement écœurant. Sans doute n'ai-je pas goûté aux bons. Faudrait que j'aille à Istanbul.
La question du jour : est-ce que je devrais commencer Les frères Karamazov ? So many books, so little time.
Suis toujours en train de lire cette biographie de Jane Austen. C'est vraiment très intéressant et subtil, d'autant plus que, peut-être en partie à cause du fait que l'on ne possède pas énormément de documents sur la vie de JA (beaucoup de ses lettres ont été brûlées), et aussi à cause de la distance historique, l'auteure de la biographie (Claire Tomalin) ne se permet pas de "rentrer" dans le psychisme de son objet d'étude et de parler à sa place (ce que j'avais trouvé un peu énervant dans la biographie de Perec, par ailleurs extrêmement bien documentée et intéressante).
Je n'aime pas trop les biographies où l'auteur finit par s'identifier à la personne dont il décrit la vie, lui attribuant ses propres sentiments et réactions. On ne peut jamais savoir ce que pensent les gens, c'est une certitude, et ça me paraît malhonnête (même si compréhensible) d'imaginer que l'on peut voir une personne de l'intérieur. Pour ça, il y a la fiction.
JA semble avoir eu une vie discrète et mélancolique... Elle ne s'est jamais mariée mais je me demande si, à l'époque au moins, ce n'était pas une forme de chance, dans la mesure où cela permettait d'échapper à des grossesses répétées. Elizabeth, une des nombreuses belles-sœurs de Jane, est morte à 35 ans après avoir mis au monde son onzième enfant :
She was thirty-five: a well-to-do, well-born, well-looked-after woman who had married for love at eighteen, and been pregnant almost permanently ever since. (207)
Mansfield Park semble être le plus discuté des romans de JA, en particulier parce que beaucoup de gens n'aiment guère le personnage de Fanny Price, considérée comme "priggish" (moralisatrice, donneuse de leçons), insipide, rigide et bourrée de préjugés. Un certain Reginald Farrer (cité par Claire Tomalin) dit de la pauvre Fanny qu'elle est : "the most terrible incarnation we have of the female prig-pharisee" (228). Rude ! J'adore cette défense de Fanny, lue sur le site de la Republic of Pemberley :
Some dislike the character of Fanny as "priggish" [...], or have no sympathy for her forced inaction (doubtless, those are people who have never lacked confidence, or been without a date on Friday night!)
Vive Fanny !
Il y a un an et quelques, Y (ex-amie de ma sœur) m'avait vanté un glacier schaerbeekois nommé Kokoschka, comme le peintre autrichien. Je l'ai seulement trouvé aujourd'hui, près du parc Josaphat, sous un autre nom d'ailleurs (Cocozza, pas du tout autrichien). Pas mal, mais pas transcendant non plus.
Je suis en train de me demander quels livres emporter en vacances : L'homme sans qualités ? Les frères Karamazov ? Le Genji monogatari ? Peut-être serait-il raisonnable de prendre quelques volumes moins ambitieux...
Bien qu'il ne fasse ni particulièrement beau, ni particulièrement chaud, on sent vraiment l'été dans les bruits vespérals qui remontent des jardinets en bas de chez moi. La famille Dixit Dominus est partie en vacances et je suis seule dans la maison (la souris semblant être, elle aussi, partie, plus vraisemblablement (et cruellement) morte). J'ai l'impression que cela fait si longtemps que je n'ai pas été seule et c'est vraiment bizarre, à la fois très agréable et un peu angoissant. Je ferme la porte à double tour et l'autre soir j'ai cru entendre des voix dans la cage d'escalier. C'était idiot, bien sûr.
Il y a une qualité propre aux villes en été, mais je ne sais pas la décrire.
Être seule me plonge dans les souvenirs et les soliloques, et donc dans les larmes. C'est bête de pleurer autant mais ça soulage, alors...
Ch est à Dresden (having a beer by the Elbe), une ville où j'aimerais bien aller un jour. Presque tout le monde est parti, mais ce n'est pas trop grave parce que j'ai envie d'être seule. J part demain après une semaine passée à appeler l'ambassade et à envoyer des candidatures. Son sommeil est si profond que la sonnette du téléphone (pas spécialement basse pourtant) ne la réveille absolument pas, et cela m'effraie un peu (j'ai peur qu'elle ne soit morte).
Suis allée à un mariage célébré à la maison communale d'Ixelles par une échevine que j'ai trouvée un peu tarte. Ca doit être affreux de se marier : être comme cela au centre de l'attention pendant toute une journée, toujours sourire et sembler s'amuser comme un fou, avoir l'air hyper-content(e) et parler avec tout le monde. Le cauchemar.
Me sens beaucoup mieux qu'il y a un an. Ouf.
Lu dans la biographie de Jane Austen par Claire Tomalin, à propos d'un voisin complètement taré des Austen :
One of Lord Portsmouth's eccentricities was that he took an obsessive interest in funerals ("black jobs") and slaughterhouses. He would get his servants to stage mock funerals for his amusement, and visit slaughterhouses in order to strike the animals awaiting death with a stick or an axe, saying as he did so, "Serve you right." [...] He also enjoyed having his servants and animals beaten, and once, when his coachman was lying in his room recovering from a broken egg which had been set by a surgeon, the Earl visited the injured man and re-broke his leg. (90)
J'essaie de fabriquer du levain. C'est gai.
Depuis 2003, je note tous les livres que je lis ; auparavant, je notais les films que je voyais au cinéma, mais j'ai fini par arrêter car c'était un peu fastidieux. J'aime bien par contre relire mes notes de lecture, même si elles n'ont rien de remarquable en tant que telles. Mais elles me permettent de conserver un souvenir plus vif de mes lectures, et puis aussi de constater l'évolution de mes goûts. Le fichier fait aujourd'hui 190 pages, et la dernière entrée est The Septembers of Shiraz de Dalia Sofer (pas mal mais sans plus, même si j'avoue l'avoir lu très très vite). Juste avant, il y a La Tulipe noire d'Alexandre Dumas, qui n'était carrément pas terrible (à tel point que j'ai fini par le speedreader). Depuis quelques années, je ne lis quasiment plus qu'en anglais, surtout des écrivains anglophones et contemporains. Je m'efforce cependant de lire aussi de l'ancien, et de l'ailleurs (pour l'instant, pas de quoi être fière : sur les 17 livres lus cette année, seulement 2 traductions, une du turc et une du suédois, plus un roman du Nigérian Chinua Achebe (qui écrit en anglais) et celui de Dalia Sofer (d'origine iranienne vivant à New York)). En 2009 j'ai découvert Margaret Atwood (qui est canadienne), je continue à me pâmer en lisant Barbara Pym (qui est morte), je n'ai toujours pas lu L'Homme sans qualités, le Genjimonogatari, les Mémoires d'outre-tombe et plein d'autres trucs qui sont sur ma to read list depuis un bout de temps. Je retourne à la bibliothèque, je reçois des livres par BookMooch, j'en achète aussi régulièrement et j'en emprunte à des gens sympathiques. En ce moment, j'ai très envie de faire une gigantesque commande livresque sur Amazon (y figureraient Bilgewater de Jane Gardam, What It Is de Lynda Barry, les Récits de la Kolyma que j'ai lus sur un exemplaire de bibliothèque, un livre de tricot s'appelant Funky and Fashionable Projects for the Novice Knitter, un livre de cuisine féministe et végétarienne, des romans de fantasy de Jonathan Carrol, ZaatarDiva de Suheir Hammad, et quelques autres).
On a totally unrelated note : cette semaine, je suis allée à une chouette fête d'anniversaire où j'ai pu goûter à un gratin d'abricots vraiment délicieux. Ch a un nouvel appareil, un Hasselblad numérique qui le rend un peu fou (les nouvelles photos sont ici). Je n'ose même pas y toucher. J'ai une nouvelle robe, des chaussures rouges et un livre de cuisine japonaise de Kaori Endo (qui est vraiment très jolie, mais malgré cela je n'aime pas trop les livres où le portrait de l'auteur trône sur la couverture), j'ai bu du Vouvray moelleux vraiment bon, et puis maintenant je sais faire cuire les aubergines.